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Une famille séparée par l’esclavage en Mauritanie

Moitié libérée, moitié captive

Note d’information urgente sur un scandale esclavagiste couvert par les autorités

EN ADRAR

Le samedi 22/06/2006, la représentation de SOS Esclaves dans la région de l’Adrar a été saisie par Monsieur M’Bareck Ould Mahmouda, âgé de 32 ans, en rupture de relation avec ses maîtres, suite à sa fuite en 1991. Il a requis le soutien de l’antenne de SOS Esclaves à la libération de ses parents encore en captivité. Voici la distribution des rôles dans cette situation plus qu’emblématique de ces formes d’oppression archaïque, que les autorités de la Mauritanie et certaines ambassades accréditées à Nouakchott appellent « séquelles de l’esclavage ».

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Ci-dessus, les plaignants, Mbareck Ould Mahmouda et Salek’ha Mint Ahmed Lebeid

A/ Les maîtres

Ils appartiennent à la tribu Awlad Gheilan, clan « Hyayna », en particulier la famille “Ehel Hobatt”, nommément Mohamed Salem, Boyhiya, Lella et El Kory, les quatre fils de Bowba Mint Saka qui est la maîtresse de Mahmouda et de toute sa descendance, tous résidents à Tawaz, département d’Atar, région de l’Adrar. S’y ajoutent d’autres parents protagonistes, tels Ehel Saka, frères de Bowba, notamment Ledib Ould Ely Ould Saka, et Hamadi Ould Ely Ould Saka, département de Tidjikja, région du Tagant.

B/ Les victimes

Elles sont souvent séparées, fréquemment depuis l’enfance, dans le cadre du partage d’héritage entre maîtres ou selon les besoins de l’activité nomade, singulièrement la garde du bétail. Généralement, les bergers commencent à travailler dès l’âge de 5 ans. Les femmes s’occupent de tâches ménagères et de puiser l’eau. Il va sans dire qu’ils ne sont pas rémunérés.

L’intéressé nous a demandé d’intervenir pour l’assister à libérer sa mère et les enfants de celle-ci :

1 : Mahmouda Mint Mahmoud, sa mère, âgée d’environ 50 ans, encore aux mains de Ehel Hobatt, à Tawaz et ses enfants suivants :

2 : Khaïrat Mint Mahmouda âgée de 27 ans, à Tawaz ;

3 : Oume Elbarka Mint Mahmouda âgée de 20 ans, idem ;

4 : Bilal Ould Mahmouda dit El Hamd, âgé de 16 ans ; ce dernier reste encore assujetti à l’esclavage au Tagant chez la famille Ehel Saka ;

5 : El Kheir Ould Mahmouda, âgé de 13 ans, idem ;

6 : Abdel Barka O/ Mahmouda âgé de 10 ans, idem ;

7 : El Maimoun Ould Mahmouda, âgé de 7 ans, idem ;

8 : Oumou ElKheiry Mint Oumoulbarka , âgé de 4 ans, petite fille de Mahmouda,  idem.

C/ Dénouement provisoire

En détail, ce sont  Mahmouda, Khaïrat, Oum Elbarka, Abdel Barka, El Maimoun, Oumoulkheir Mint Moulbarka qui ont retrouvé leur liberté, et sont sortis de l’esclavage  à Tawaz, en date du 23/06/2006.

Quant à Bilal dit Elhamd, Elkheir, leur grande mère, Oumoulbarka, leur tante maternelle Oumoulkheir et sa fille, Skaïra, les enfants de Lakhouédim(décédée), Oumlebraïka, Souédahmed, Tesseylem et Fouétma  ils sont toujours maintenus en esclavage, chez Ledib et chez son frère Hamadi, fils de Ely Ould Saka, à Nouar, département de Tidkikja, dans la région du Tagant. A ce stade, les proches de ces victimes réclamaient toujours le secours de SOS-Esclaves, afin d’obtenir leur émancipation.

D/ Déroulement de la première l’intervention

Dès que la situation a été signalée à la représentation de SOS Esclaves dans la région de l’Adrar, celle-ci s’est mise en relation avec le Hakem (préfet) d’Atar, Mohamed Lemine Ould Ezizi, et lui a exposé le problème de ce groupe à Tawaz, dans son propre département administratif; sa réaction favorable ne manqua de promptitude ; il transféra l’affaire à la brigade de la gendarmerie, qui convoqua les militants de SOS Esclaves, le 22/06/2006 ; aussitôt, ils sont reçus par le colonel Ould Ahmed Aicha, le commandant de la compagnie, pour toute la région de l’Adrar. Cet officier, sans aucune hésitation, s’empressa de faire dépêcher, sur les lieux, une équipe de gendarmes, composés de 8 éléments ; les accompagnaient le représentant de SOS Esclaves Moubareck Ould Mahmoud, et le plaignant M’Bareck Ould Mahmouda ; ainsi, les esclaves et leurs maîtres sont tous ramenés à Atar, pour comparaître, devant le commandant de la gendarmerie.

Après avoir distribué des blâmes et des réprimandes aux maîtres, le commandant de la gendarmerie s’est adressé aux serviteurs, en leur disant qu’ils étaient libres avant et le sont toujours et que nul ne peut les assujettir à l’esclavage. Il leur affirma qu’ils sont maîtres de leurs actes, propres personnes et choix de lieu de résidence, que ce dernier soit à Atar ou Néma; il réaffirma qu’au cas où ils se trouveraient en face de la moindre difficulté, la gendarmerie est disponible et prête à les rétablir dans leurs droits.

SOS-Esclaves se félicite de cette intervention heureuse, renouvelle ses compliments au Préfet d’Atar et au Commandant de la gendarmerie de la région. Néanmoins, il faut souligner qu’en l’absence de texte spécifique réprimant l’esclavage, les autorités n’ont pas engagé les poursuites que commande la loi sur la traite des personnes. Ce défaut de singularisation pénale conduit toujours à l’impunité.

AU TAGANT

Ici, nous nous en remettons à la relation vivante des faits, par Biram Ould Dah Ould Abeïd, représentant SOS Esclaves et les deux plaignants qui l’accompagnent.

E/ Rappel

Dans le cadre d’une mission pour SOS Esclaves, je suis  arrivé à Tidjikja, chef lieu de la région du Tagant, le jeudi 07 juillet 2006, accompagné de M’bareck Ould Mahmouda et de Selek’ha Mint Ahmed Lebeïd, venus d’Atar, nous demander secours contre le maintien en esclavage de leurs proches, par la famille Ehel Ely Ould Saka habitant la localité de Nwar dans le département de Tidjikja.

Selek’ha est la fille de Moulkhère esclave de la famille Ehl Saka ; M’bareck est le fils de Mahmouda Mint Mahmoud esclave de Bowba Mint Saka.

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Ci-dessus, Oumoulkhér Mint Mahmoud a perdu la vue depuis 2 ans – une cataracte non soignée ; elle est la seule esclave à être partie de  Nwar avec sa fille Selek’ha.

 F / Intimidations

Le matin même, j’ai accompagné les deux plaignants chez le Wali (gouverneur de région, plus haute autorité administrative) ; ce dernier étant absent, nous avons été  reçus par son adjoint administratif, Ahmed Salem Ould Naji qui a déclaré, d’emblée : « M’bareck et Selek’ha, vous avez mal fait de vous adresser aux Ong des droits de l’homme ou aux avocats car ces gens vous rançonnent et commercialisent avec vos misères à l’intérieur du pays et à l’extérieur ; ils politisent vos affaires parce que ce sont des politiciens ; dorénavant vous devez vous adresser à n’importe quel agent de police, n’importe quel gendarme et il réglera, pour vous, les problèmes de ce genre qui sont interdits et réprimés par nos lois comme le meurtre ou le vol ; nos portes sont ouvertes pour vous et pour tous les citoyens »

Devant cette arrogance révélatrice d’une mentalité de défiance envers les militants des droits de l’Homme, je prends la parole, au nom de mon association :

« SOS Esclaves est une organisation apolitique, reconnue par le gouvernement que vous représentez; elle est à but non lucratif et fonctionne grâce aux cotisations de ses membres ; d’autre part, ce sont les victimes qui viennent nous chercher pour nous soumettre leurs détresses,  demandes d’assistance contre le déni de droit ».

Ensuite, le Gouverneur adjoint nous envoie chez le Procureur de la République autre représentant de l’Etat, dont l’attitude sera encore plus explicite: dés que les deux plaignants commencent à parler d’esclaves et d’esclavage, le magistrat s’énerve, les rabroue, engueule et prétend que leur allégations sont fausses par ce que – toujours selon lui – « l’esclavage n’existe pas et ceux qui prétendent le contraire peuvent être passible de poursuites judicaires. »

Après avoir demandé la parole au Procureur, je soutiens, devant ce dernier, la position de l’organisation et sa ligne pour l’éradication de ce cancer  social.

De même, sans se laisser dissuader, les victimes réitérèrent, devant le représentant du Ministère Public, que leurs parents subissent l’esclavage traditionnel chez les maîtres Ehel Ould Saka, avec toute l’exploitation qu’il comporte comme travail sans salaire, emploi des enfants mineurs, convoyage  d’être humains sous la contrainte, séparation des familles ; nous lui expliquons que ces pratiques caractérisent l’esclavage et la traite des personnes, tous deux punis par la convention internationaledu même nom, ratifiée par la Mauritanie et transformé en loi  nationale en 2003.

Le Procureur de la République reprend la parole pour dire que tels aspects ne peuvent pas exister dans le pays ; donc, il refuse de s’y intéresser ; il conclut par son intention d’aller sur les lieux, à Nwar, pour poser  une seule et unique question à toutes personnes trouvées sur place : « voulez vous aller ou rester ? » Il promet d’assurer la sécurité du voyage à tous les volontaires et rappelle que toute autre prétention ou accusation « relèvent des  manœuvres politiciennes dangereuses qui visent à la dislocation du tissu social et la société » (sic).

Le même jour, le Procureur de la République m’appelle, par téléphone, pour me dire que le délégué de SOS Esclaves – en l’occurrence moi – ne sera pas accepté comme observateur ou témoin dans l’enquête. Il précise qu’en sa qualité de magistrat,  le lendemain, lui et l’adjudant chef Ahmedou Ould Hamdinou, Commandant de Brigade de la gendarmerie, iront avec les plaignants,  sur les lieux. Ils partirent, le matin tôt, avec les deux plaignants, M’bareck et Selek’ha.

 G/ Prologue

Le lendemain soir, le Procureur et les gendarmes reviennent,  sans les plaignants.

Aussitôt, je joins le Commandant de Brigade, le Procureur ne répondant plus au téléphone.  Au bout du fil, le gendarme se dit désolé et choqué par la manière dont le procureur à procédé et explique ne pas pouvoir protester, car simple exécutant.

J’appelle immédiatement le Wali Mouçaid (gouverneur adjoint) qui me demande de venir, chez lui, tout de suite ; j’arrive, sans tarder, accompagné du Professeur Moctar Ould Tabarra  ex-maire adjoint de la commune de Tidjikja ; là, nous le retrouvons avec le chef d’arrondissement de Lekhcheb Mohamed El Moctar Ould Babah et le médecin chef M’bareck Ould Homeïd.

Il commence par nous dire que l’affaire n’est pas du ressort de l’administration mais de la justice ; donc, il ne peut y jouer qu’un rôle très secondaire, mais il estime « impossible et même hors la loi » qu’on sépare des gens ayant vécu si longtemps ensemble ; il soutient que les organisations des droits de l’homme « créent des faux problèmes pour obtenir de l’argent de Africa Watch » et ajoute même que SOS Esclaves est « une organisation sectaire parce qu’elle s’occupe d’une seule partie des opprimés et laisse les autres » ; il abonde dans ce sens en rappelant – à titre d’argument au demeurant contestable – que les Zwaya, caste maraboutique arabo-berbère, dont il est issu, sont, depuis toujours autant opprimés que les esclaves mais occupent, aujourd’hui, des postes de responsabilité comme le sien.

J’ai répliqué au Wali  Mouçaïd que notre organisation s’occupe  de toutes les victimes des violations de droits de l’homme mais refuse de considérer que l’esclavage fait partie de l’histoire du pays et appartiendrait donc à notre passé ; nous avons le courage de prouver qu’il est pratiqué toujours et incarne, donc, le stade suprême de la souffrance et de l’avilissement de l’homme par sont semblable ; notre organisation, dans la limite de ses moyens modestes, assiste les nombreuses victimes de violations des droits de la personne, pas toujours d’ascendance servile.

H. Déroulement de la seconde intervention  

Lorsque nous arrivions, Selek’ha et M’bareck nous demandent  « quand est ce que vous allez repartir ? » ; nous leur répondons «  tout de suite ! » Aussitôt, ils commencent à se préparer pour le voyage mais les maîtres s’interposent entre mère et enfants esclaves, avec tout ce que cela comporte de menaces, insultes et autres écarts de langage ;  Selekha dit aux gendarmes que les maîtres l’empêchent d’emmener sa propre mère, leur esclave ; l’un  des gendarmes la blâme en lui défendant de prononcer les mots interdits « esclave » ou « esclavage » ;

Birame Ould Dah Ould Abeïd intervient directement auprès de la mère de Selek’ha à qui il demande si elle est esclave ? Elle répond, devant le gendarme : « je suis bien l’esclave de cet homme, debout devant toi, Hamady Ould Ely Ould Saka ; Birame se tourne donc vers le gendarme et l’interpelle, à haute voix : « Monsieur le gendarme, veuillez savoir que vous ne pouvez pas interdire aux gens de décliner leur identité d’esclaves sans avoir interdit la pratique de l’esclavage elle-même, que vous tolérez et protégez car c’est bien dans cet objectif que vous avez quitté Tidjikja, vers ce campement, situé à plus de 100 Km au Nord. » !

Birame poursuit, ainsi :

Le gendarme m’appela en aparté et me tint le discours suivant : «  je veux que tu me donnes ta parole d’honneur, de ne pas me citer dans cette affaire et, en contrepartie, je vais être franc avec toi » ;je lui réponds qu’il a ma parole. Il commence par m’avouer savoir qu’il s’agit de l’esclavage mais que les autorités supérieures ne leur permettent pas d’agir autrement en pareil cas ; « en revanche, continue-t-il, je vais demander à Hamady Ould Ely Saka d’autoriser la vieille esclave à partir avec sa fille aînée ».

Le gendarme s’approcha du vieux maître et le convainquit de livrer la vieille esclave à sa famille, au motif qu’en vertu de la religion, elle est la seule dépositaire de sa garde, surtout à un âge aussi avancé. Or, lorsque le maître Hamady dirigea la vieille vers la voiture, les filles de celui-ci s’insurgèrent contre lui, protestant avec force cris ; ils insultaient Selek’ha qui accompagnait les pas de  sa vieille mère vers le véhicule ; il l’ont taxée de mécréante et de Djambour (esclave marron) des villes, de dépravée et insoumise à l’Islam ; le vieux Hamady et le gendarme grondèrent les filles des maîtres ; afin de tempérer leur zèle ;  le vieux leur dit, conciliant : « nous rendons Oumoul Kheïr à Selek’ha, obéissant à un principe religieux, pas à une autre contrainte et je pose une condition à Monsieur le gendarme : que personne ne m’empêche de la rencontrer quand je veux ».

Nous sommes repartis à Tidjikja, le samedi 8 juillet vers 21 heures 30 et le dimanche matin  nous  avons repris la route pour Nouakchott où nous sommes rentrés à 19 heures.

CONCLUSIONS

Bien entendu et comme d’usage en Mauritanie, aucun des maîtres ne fera l’objet de poursuites, réaction qui eût été sans doute exemplaire et, mieux, en accord avec les engagements internationaux du pays. Hormis une vieille femme, les esclaves encore en captivité restent hors de portée du droit. L’administration, coupable de complicité active, bénéficie manifestement de la couverture suffisante par le Conseil Militaire pour la Justice et la Démocratie (CMJD) et son Gouvernement. Le Ministre  de la Justice, Maître Mahfoudh Ould Bettah, en  dépit de sa bonne volonté et de sa disponibilité, ne dipose d’aucune marge de manœuvre, face à cette solidarité des élites dirigeantes en milieu arabo-berbère. Ici, l’esprit de corps se dresse, manifestement, contre la façade des institutions.

Devant la gravité et l’indécence de l’épilogue dessous décrit dans la région du Tagant (lire annexe très édifiant),  il y a lieu de s’interroger, avec vigilance, sur l’avenir même de la transition démocratique. Une telle administration, de telles forces de l’ordre, de tels magistrats ne sauraient, en aucune façon, conduire des élections libres.

Notre pessimisme est d’autant plus justifié que certains membres du CMJD, ne se privent, en privé, y compris devant des interlocuteurs étrangers, de dénigrer des personnalités connues pour leur engagement contre les discriminations en Mauritanie ; comme sous la dictature de l’ancien président Ould Taya, cette campagne insidieuse vise, entre autres, Maître Fatimata Mbaye, Présidente de l’Association Mauritanienne des Droits de l’Homme (AMDH), Boubacar Messaoud Président de SOS Esclaves et Messaoud Ould Boulkheir, Président de l’Alliance Populaire Progressiste (APP).

En dépit ces pressions, SOS Esclaves ne cédera pas et, même si elle était interdite, de nouveau, par le Pouvoir. De plus, sans retard, elle portera l’affaire de Nouar, devant le Comité pour l’Elimination de la

Discrimination Raciale (CERD), de l’ONU, à Genève.

SOS Esclaves  attire l’attention des partenaires extérieurs sur la négligence et la complaisance ultra laxiste dont les autorités entourent les coupables d’actes esclavagistes, au nom d’une honteuse solidarité d’appartenance à la même ethnie.

Enfin, SOS Esclaves lance un appel, tous azimut, pour obtenir la libération, rapide, des 7 esclaves de Nwar, dans le centre de la Mauritanie. Le concours des bonnes volontés, à l’extérieur du pays, est vivement sollicité.

Le Bureau exécutif                                                                                      Nouakchott, le 16 juillet 2006

 Annexe

 Témoignage du Directeur de l’école de Nwar, sur les pratiques esclavagistes de la famille Elh Saka :

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Je m’appelle Mohamed Ould Medellahi, instituteur, né en 1968 à Tidjikja ; j’enseigne depuis trois ans à Nwar;  je sais que cette famille est constituée de deux foyers : celui de Abidine O/ Saka dit Edib et celui de Hamadi O/ Saka.

Les esclaves de Edib sont : Oum El Barka ( 60 ans à peu prés), Shaïra, une fille qui garde les troupeaux  (20 ans) de moutons, une autre fille nommée Oum Lebreyka qui s’occupe spécialement de la corvée d’eau (15 ans à peu prés), Sid’Ahmed (10 ans) un garçon très intelligent, inscrit dans mon école mais fréquemment absent à cause de  ses maîtres qui le retiennent pour les travaux domestiques ; enfin, ils ont deux petites fillettes  de 5 et  6 ans, orphelines de leur mère esclave de la famille ; elles sont partagés entre les filles de maîtres.

Quant au foyer de Ehl Hamady Ould Saka, ils possèdent : Oum El Kheïr (60 ans à peu prés), El Hamd ( dit Beylil, 15 ans) qui s’occupe du gardiennage des troupeaux, tout comme Bleykhir (13 ans) préposés spécialement à l’entretien des dromadaires ; ce dernier passe très souvent la nuit en brousse.

Tous ces esclaves subissent des pratiques dégradantes ; leurs maîtres sont vigilants et méfiants envers tous les étrangers à la zone, tels que moi et les autorités ; malgré cette réserve, j’ai toujours vu et constaté le régime de travail servile imposé à leurs domestiques, sans rémunération, ni une différence entre l’esclave majeur et mineur, le sexe féminin ou masculin. Les esclaves ne foulent jamais les nattes où sont assis les maîtres ; ils s’assoient à même le sol, sont interdits de manger avec les maîtres et portent des habits tout en loques.

El Edib Ould Saka m’a confié, un jour, avoir une relation spéciale avec Ely Cheikh Ould Mome, le grand marabout d’Atar ; il m’a révélé que les troupeaux en sa possession, sont, en partie, propriété de cet émient marabout, dont lui-même gère le bétail ; ensuite, il m’a dit que Nébiha ( exact ????), la mère des enfants de Ely Cheikh, était leur esclave  – à eux Ehl Saka – mais elle a été cédé à ce marabout, qui l’a surnommé Nébiha au lieu de Sellam Arbiha, son prénom d’esclave, quand elle était chez ses maîtres.

Depuis lors, selon lui, le marabout l’a pris comme concubine et elle lui a donné beaucoup d’enfants.

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