168 jours 16 heures 40 minutes 37 secondes que le président Biram Dah Abeid est emprisonné!


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Message de Biram Dah Abeid à la rencontre commémorant le centenaire de Nelson Mandela à Johannesburg.

Par Alexis Chaufrein, membre du staff des conseillers de Biram Dah Abeid.

Dites leur de ne jamais oublier Madiba !  (Tell them to never forget Madiba)

Mesdames et Messieurs, chers artistes, chers amis d’Afrique du sud, du continent Africain et du monde entier.

C’est un immense honneur pour moi d’avoir été convié ici parmi vous pour commémorer l’anniversaire des 100 ans de la naissance de Nelson Mandela.

Les circonstances et mon emprisonnement dans la prison civile de Nouakchott depuis maintenant près de 5 mois ne me permettent pas d’être présent, je le regrette profondément. Je le regrette d’autant plus, mes amis, que Nelson Mandela a toujours été pour moi un modèle et une source d’inspiration. Son combat, votre combat pour l’égalité des droits de la population noire et autres minorités d’Afrique du Sud, reste dans toutes les mémoires de New York à Shangaï, de Lagos à Addis Abeba.

Mais, plus que quiconque dans ce monde, le peuple de Mauritanie peut comprendre l’ignominie que vous avez enduré face à l’Apartheid simplement  parce qu’il subit le même type de barbarie depuis des siècles, l’esclavage traditionnel par ascendance.

Cette barbarie est connue de nombreux diplomates dans les chancelleries étrangères, mais ignorée par l’Humanité depuis trop d’années. Il n’en sera plus de même ce soir mes chers amis et ce grâce à vous !

Mais avant que vous puissiez faire savoir au monde que l’impensable barbarie de l’Apartheid s’est reproduite ailleurs sous une autre forme, permettez-moi de vous dresser un tableau plus précis de la terrible situation de la Mauritanie.

  1. Une discrimination raciale d’une ampleur incommensurable s’y opère de la part de la minorité Arabo-berbère à l’encontre de la population autochtone d’ascendance africaine Hratin (population servile assujettie par les tribus arabophones), et ethnies subsahariennes (peulh, soninko, wolof et bambara) majoritaire.

Malgré les récentes lois votées en Mauritanie, et notamment la loi contre l’esclavage du 13 août 2015 censée reconnaître cette pratique comme un crime contre l’humanité, les pratiques esclavagistes se poursuivent de plus belle. Il faut savoir, vous devez savoir, chers amis, le monde entier doit savoir que la Mauritanie est le pays sur cette planète, qui compte la plus forte proportion d’esclaves ! Entre 4 et 20% de sa population y est réduite en esclavage. Personne ne doit ignorer que dans mon pays des fœtus  sont esclaves avant même que leur mère ne leur donne la vie!

 

Cette discrimination honteuse se manifeste également concrètement dans tous les aspects de la vie quotidienne. Dans l’accès au vote par exemple, les subterfuges qu’utilisent le régime pour empêcher les noirs Mauritaniens pour accéder à leurs droits citoyens, sont nombreux et passent notamment par des pré requis administratifs d’une complexité inouïe. Cela prive de facto les moins éduqués de l’exercice d’un de leur droit les plus élémentaires.

Une terrible discrimination à l’emploi sévit également. Les postes à responsabilité de l’Etat Mauritanien et en particulier de l’armée sont  fermés aux noirs dès lors qu’ils refusent la servitude volontaire à ce régime raciste.

Et que dire du sort des fillettes et des femmes nées du mauvais côté de la barrière sociale? Elles subissent l’exploitation domestique, le viol et une prévalence spécifique des maladies sexuellement transmissibles.

Enfin il me faut vous parler de la discrimination religieuse qui continue à sévir et fait de la République Islamique de Mauritanie une dictature théocratique parmi les plus fermées du monde. L’article 306 du code pénal adopté en avril dernier, élargit la peine de mort, sans aucune faculté d’atténuation, en 2018.

2. Les diplomaties étrangères conاnaissent cette situation, la diplomatie Américaine, la diplomatie Canadienne, la démocratie Française, et toutes les diplomaties des 53 pays Africains frères de la Mauritanie connaissent cette situation, mais ils n’agissent pas ou peu. Vous pouvez changer cela, chers amis d’Afrique du Sud, chers amis d’Afrique et du monde entier.

Dites leur de ne jamais oublier Madiba !

Comme lui nous nous revendiquons comme des passeurs d’espérance, comme lui nous menons une lutte pour assurer aux noirs de Mauritanie l’égalité des droits et tourner la page des siècles d’esclavage, de racisme et de déni des droits élémentaires.

Comme lui notre dessein ne comporte que l’application effective des lois permettant l’accès à l’éducation de base, le partage des ressources et le respect du suffrage universel.

Comme lui et comme vous au cours de votre combat nous appelons de nos vœux une réconciliation au service de la liberté, de la paix et de la prospérité.

Madiba a trop longtemps été négligé par les diplomaties étrangères, il fut même considéré comme terroriste par plusieurs d’entre elles.

Mais ces dernières finirent par changer d’avis face à la gravité de la situation.

Pour toutes les femmes et les hommes de Mauritanie, empêchons ces diplomaties de recommettre la même erreur. Pour cela mes amis, nous avons besoin de vous. Nous avons besoin de vous.

Nous avons besoin de vous toutes et tous Mesdames et Messieurs

Je vous en conjure, dites à toutes les diplomaties d’Afrique, d’Europe et des Amériques qu’elles ne nous laissent pas tomber comme jadis ils laissèrent tomber Madiba.

Ils vous parleront d’intérêt économique, Ils vous parleront de stabilité géopolitique, ils vous parleront de lutte contre le terrorisme. Dites leur simplement une chose, dites leur de ne jamais oublier Madiba!

 

 

Johannesburg, Afrique du Sud, 2 décembre 2018.

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