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Défaitisme et démission des courants abolitionnistes africains et afro-américains face à la traite arabo-musulmane, sa persistance et son expansion en Afrique.

Il est un constat sans équivoque que, antérieurement et parallèlement à la traite atlantique, une autre traite orientale, arabo-musulmane a autant saigné le continent noir que la première. Les Arabes et les populations arabophones, amazighs, touaregs ou maures, ont, depuis leur expansion en Afrique, utilisé les africains comme une marchandise à écouler en Afrique du Nord, en Arabie, au Moyen-Orient ou en Asie. En effet, dans le fond culturel de ces peuples et leurs pratiques linguistiques, le Noir est synonyme d’esclave, un sous-homme. Ce statut du Noir bête de somme et bien sur lequel s’appliquent tous les attributs de la propriété, a été bien défini dans des codes juridiques écrits et validés par les grands docteurs et érudits de la “charia musulmane”.

Étant donné que les élites africaines et afro-américaines indépendantistes, anti-impérialistes et abolitionnistes, ont privilégié de jeter leur dévolu uniquement sur l’esclavagisme de l’Homme blanc et la traite atlantique, l’esclavage social, culturel, racial et religieux, au sein du monde arabo-musulman, n’a jamais été remis en cause ni déconstruit. C’est donc un esclavage doublé d’un mépris inné de  l’Homme noir, qui s’est enraciné, survivant à toutes les transformations politiques, socio-économiques et culturelles de la sphère géographique allant de la Mauritanie jusqu’au fin fond de l’Inde, passant par l’Afrique du Nord   et le Moyen-Orient. Les millions d’Africains ayant été arrachés à leurs racines dans le cadre de la traite arabe, et qui ont échappé aux disparitions massives dues aux mauvaises conditions de traitement, de transport et à la castration, ont légué une importante diaspora noire qui, hélas est l’enfant démuni de la lutte des africains et afro-américains contre l’esclavage et le racisme.  Tous les pays de cette sphère géographique contiennent en leurs seins de fortes minorités noires  d’origine africaine et/ou servile. Mais toutefois ces populations noires continuent à subir les discriminations criantes, la marginalisation ou l’invisibilité, institutionnalisées, ou purement et simplement l’esclavage moderne ou traditionnel.

La  politique de la dissimulation suivie par les gouvernements des pays arabo-musulmans concernés par ce phénomène, n’a pas tardé d’enregistrer ses limites dès sa confrontation aux libertés de paroles et d’investigations journalistiques et de la propagation des réseaux sociaux ; la preuve est le reportage de CNN l’année dernière sur la vente aux enchères des esclaves noirs en Lybie, la découverte d’un racisme primaire domestique et d’État contre les noirs de Tunisie, d’Algérie et  du Maroc.., mais surtout de l’ampleur et la profondeur des pratiques et idées esclavagistes en Mauritanie, au Niger, Nord Mali, Tchad, Soudan.

Ces pays représentent la ligne de frottement entre  d’une part les populations arabes ou arabophones (Amazighs, Touaregs, Maures) et d’autres part les populations africaines subsahariennes. Sur cette ligne, ce frottement a abouti à l’institutionnalisation de l’esclavagisme des nomades arabo-musulmans contre les africains subsahariens.

Cet esclavage est légitimé par un important patrimoine législatif et “religieux” de jurisconsultes musulmans qui ont codifié l’esclavage dans tous ses détails. Les puissances occidentales colonialistes et les révolutionnaires africains des indépendances, ont tous passé sous silence et couvert d’un voile de mensonge le phénomène, pour éviter la gêne et se focaliser sur “l’essentiel”.

Maintenant, avec l’essor et la mondialisation de l’activisme des sociétés suite à la fin de la guerre froide, la mondialisation et la naissance des réseaux sociaux, les élites issues des groupes confinés dans l’esclavage, ont donné le coup d’envoi à leur propre lutte de libération. Et, dans tous les Etats concernés par cette situation,  les gouvernements tentent de se dérober à leurs engagements internationaux sur les droits humains, en niant la situation ou en la falsifiant; tout en s’occupant à amadouer les groupes esclavagistes qui sont en général parties prenantes dans la gestion de l’État. Ceci est valable pour le Niger, le Mali, le Tchad… Mais la Mauritanie a une toute autre spécificité.

Le Cas de la  Mauritanie:

La lutte contre l’esclavage en Mauritanie

Les groupes dominants arabo-berbères de Mauritanie, ont une longue tradition avec l’esclavage. Ce groupe de maures, est constitué d’Amazighs, de Touaregs et d’Arabes, organisés en tribus, s’était beaucoup investi dans les traites triangulaire et transsaharienne. Cette communauté de vie et de destin commun qui s’est distinguée par ses penchants arabophones exacerbés, aime se désigner par le nom beydanes ou blanc, par opposition aux noirs autochtones, les subsahariens (hratins, peulhs, soninkés, wolofs ou bambaras). La colonisation française n’altéra en rien le mode de vie de leurs auxiliaires beydanes pendant la période coloniale, leur mode de vie comme leur code d’honneur, basés sur l’esclavage et ses pratiques, ont été largement tolérés par les administrateurs coloniaux en contrepartie de la soumission. C’est pourquoi, l’esclavage racial et héréditaire par filiation matrimoniale en Mauritanie a bel et bien survécu à la colonisation française.  Dans l’arabe dialectal mauritanien, le noir ou soudani, est synonyme d’esclave et le blanc ou bidani est synonyme de maître.

Et bien que minoritaires les beydanes ont détenu le pouvoir politique dans la Mauritanie postcoloniale grâce au penchant et  à la complicité de la France. Et depuis 1960, l’État Mauritanien, suivant une tradition des administrateurs coloniaux français, adopta la ligne de déni de l’existence de l’esclavage bien que les rapports sociaux à caractère esclavagiste sont restés intacts depuis plusieurs siècles jusqu’à nos jours.

Début de la contestation organisée contre l’esclavage en Mauritanie.

Création du mouvement Elhor ou l’homme libre.

Le 5 mars 1978, un groupe de cadres et fonctionnaires moyens, issus de la communauté hratin (esclaves et esclaves affranchis), fondèrent Elhor. Elhor recrutait  uniquement parmi les hratin et les incitait à prendre conscience de leur situation servile et à se soustraire à la domination du maître beydane. Cette petite élite hratin,  ne tarda pas à être récupérée par le pouvoir mauritanien qui en a fait, jusqu’à nos jours, les plus grands détracteurs et faux témoins contre les militants anti-esclavagistes.

En 1994, un des anciens dirigeants d’Elhor, Boubacar Messaoud, fonda une ong de lutte contre l’esclavage: SOS-Esclaves. Cette ong, constituée par un groupe de personnes, très restreint, continua à dénoncer l’esclavage et ses pratiques par voix de presse  et par des rapports transmis  aux ongs internationales mais aussi aux organismes régionaux et internationaux. Biram Dah Abeid, président et membre fondateur d’IRA – Mauritanie, fut l’un des principaux activistes de SOS-Esclaves entre 2002 et 2008.

Naissance d’Initiative pour la Résurgence du mouvement Abolitionniste en Mauritanie (IRA – Mauritanie).

Après plusieurs années passées au sein de SOS-Esclaves, Biram Dah Abeid, avec d’autres camarades, décidèrent de fonder une organisation capable d’imprimer à la lutte contre l’esclavage, un caractère populaire, de masse, en rompant avec le militantisme élitiste de SOS-Esclaves et sectaire de Elhor. C’est pourquoi IRA – Mauritanie opta pour un mouvement de  droit civique, populaire, recrutant au sein de toutes les communautés ethniques et groupes sociaux mauritaniens et structurant autour de la lutte contre l’esclavage, toutes les autres luttes, contre le  racisme, l’oppression des castes, pour la démocratie et l’État de droit.

IRA – Mauritanie est aussi est conçu comme un mouvement d’idée qui vise à déconstruire la légitimation religieuse et idéologique de l’esclavage et autres injustices sociales en s’attaquant à la version locale mauritanienne du rite musulman malékite qui est à la base du code négrier mauritanien et autres coutumes et lois  de stratification sociale dans le   pays.

IRA – Mauritanie s’est fixé aussi comme objectif de disséminer l’information sur la réalité de l’esclavage en Mauritanie dans tous les forums et centres décisionnels internationaux, pour confondre l’État Mauritanien devant ses partenaires internationaux et ses engagements devant les Nations-Unies et autres organismes.

 

Les dirigeants du mouvement abolitionniste, ont en un laps de temps, et malgré l’interdiction qui les a frappé aussitôt, donné l’essor à un large et percutent mouvement de dénonciation et contestation populaire. La détermination des militantes et militants d’IRA – Mauritanie n’a d’égal que l’ampleur de la répression mise en œuvre par le régime mauritanien. Une répression violente, la torture systématique, des arrestations massives, des dizaines de procès, de lourdes condamnations, privations des droits les plus élémentaires, deviennent le lot quasi-quotidien des  membres d’IRA – Mauritanie.

IRA – Mauritanie lança sur le front international, une offensive diplomatique et de plaidoyer sur la situation de l’esclavage, du racisme et des libertés démocratiques en Mauritanie. De ce fait, plusieurs ongs, organismes gouvernementaux ou gouvernements du monde libre, suivirent  IRA – Mauritanie dans ses critiques contre l’État Mauritanien et corroborent ses diagnostics sur  la situation de l’esclavage en Mauritanie. Pour faire aboutir son plaidoyer international de la meilleure manière et en même temps contourner le plus possible l’interdiction qui la frappe, IRA – Mauritanie a procédé à la création de plusieurs sections officielles et reconnues de par le monde. Ainsi, Ira-France-Mauritanie, Ira-Mauritanie-Italie, Ira-Mauritanie-Belgique, Ira-Mauritanie-Hollande, Ira-Germany, Ira-Mauritanie-Espagne, Ira-Usa, Ira-Canada, Ira-Cote d’Ivoire, Ira-Senegal, Ira-Mali…

IRA – Mauritanie est dotée de milliers de militants et de dizaines de milliers de sympathisants. Avec IRA – Mauritanie, les idées anti-esclavagistes se sont propagées au sein du peuple mauritanien et dans toutes ses couches; les démonstrations populaires d’ IRA – Mauritanie sont les plus importantes et ses mots d’ordre très puissants et suivis de très grandes résonances. De ce fait, l’audience du mouvement abolitionniste IRA – Mauritanie inquiète sérieusement le pouvoir politique en Mauritanie; d’où l’interdiction de son aile politique, le parti radical pour une action globale (RAG), la conquête de la deuxième place de son candidat Biram Dah Abeid aux élections présidentielles de 2014, et la détermination du pouvoir du général Mohamed ould Abdelaziz à priver Biram Dah Abeid de battre campagne pendant les élections législatives passées (septembre 2018) et les élections présidentielles prochaines(2019), en le maintenant arbitrairement en prison.

A noter que la notoriété et l’efficacité du combat et de la communication d’ IRA – Mauritanie, ont permis au mouvement et à son président Biram Dah Abeid, d’être le mouvement et le défenseur des droits humains, les plus primés des deux régions d’Afrique du Nord et de l’Ouest.

De nombreuses organisations internationales de défense des droits de l’homme soutiennent le combat de l’IRA Mauritanie. C’est le cas de Human Rights Watch, Amnesty International, Freedom United et d’autres encore. Preuve s’il le fallait encore que l’étau se resserre autour du pouvoir mauritanien pour éradiquer dans les faits une pratique indigne d’un XXIème siècle et abusivement cautionnée par une religion dévoyée.

Niamey le 18/12/2018

Hamady LEHBOUSS Secrétaire aux relations extérieures, chargé de la communication

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