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Discours du Président Ibrahima Moctar Sarr à l’assemblée nationale lors de la déclaration de politique générale du premier ministre

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AJD/MR – Pour être tout à fait complet sur l’intervention du président IMS lors du discours de politique générale du Premier ministre, nous mettons à votre disposition la vidéo de l’intervention, ainsi que le texte du discours complet, afin de lever la frustration de tout ceux qui n’ont pas pu l’écouter jusqu’au bout.

Discours du Président Ibrahima Moctar Sarr à l’assemblée nationale lors de la déclaration de politique générale du premier ministre

Bismilahi Rahmani Arrahimi

Monsieur le Président,

Monsieur le Premier Ministre,

Messieurs les Ministres,

Chers collègues,

Je vous souhaite à nous tous une bonne année 2015.

Monsieur le Premier ministre, le temps m’étant compté, vous comprendrez que je ne pourrai pas m’étaler sur l’ensemble des problèmes que vous avez évoqués. Je m’attarderai essentiellement sur le problème que je trouve le plus important : l’unité nationale.

Vous avez parlé d’unité nationale. MAINTENANT ! Pour le dernier mandat du président de la République, n’est-il pas trop tard ?

Comme je l’ai déjà dit, vous avez raté le coche !

Après la prière de Kaédi, les espoirs des exclus étaient très grands. Personnellement j’étais prêt à aller jusqu’au bout avec ce pouvoir contesté pourvu qu’il ne recule pas par rapport à ses engagements.

Min njidiino bamtude gada faabru kono min tawii gasataa.

Malgré tout ce que nous avons subi, nous étions prêts pour le pardon, en vue de la réconciliation nationale. Nous avions cru à l’homme providentiel, mais malgré tout le courage physique qu’on lui reconnait volontiers, il n’a pas été au rendez-vous du courage politique. C’est Amilcar Cabral qui écrivait dans « le pouvoir des armes, la petite bourgeoisie ne peut jouer un rôle révolutionnaire que si elle se suicide en tant que classe ». Votre état, monsieur le premier Ministre est resté ce qu’il a toujours été, celui d’une communauté dominante. Et pour qu’il puisse exercer la rupture systémique, il faut qu’il se suicide en tant que race ou ethnie.

Aujourd’hui le système est finalement clôturé. N’étant pas intelligent, ce système n’a pas su utiliser tous les ressorts qui étaient à sa portée pour se réformer à temps, à l’exemple de l’Apartheid sud-africain. Mais le système est un animal qui, lorsqu’il a dévoré tout autour de lui, se retourne vers ses propres enfants. C’est pourquoi, certains parlent aujourd’hui d’un système tribalisé.

Monsieur le Premier Ministre, celui qui vous parle a fêté l’indépendance du pays en 1960 à Boghé. Deux ans auparavant à Aleg, les négro-africains avaient demandé des garanties pour éviter ce qui est arrivé aujourd’hui.

J’étais à l’Ecole Normale de Nouakchott en 1966 quand le groupe des 19 a posé les jalons d’une véritable unité nationale. Si nous avions été écouté 20 ans après en 1986, Djigo Tafsirou, Téne Youssouf Guèye et les autres ne seraient pas morts au Fort de Walata pour rien. Il n’y aurait pas eu 1987, il n’y aurait pas eu INAL et le massacre des 28 soldats noirs le 28 Novembre 1990 pour célébrer l’indépendance nationale. On ne nous écoute pas parce que nous n’insultons personne et nous refusons d’user de la violence pour nous faire entendre.

A cause de ce manque de courage politique et l’attitude inconséquente et complice d’une certaine opposition qui ne s’oppose qu’au régime mais pas au système, vous avez permis au système de se clôturer.

Comment allez-vous procéder maintenant pour le déconstruire ? Par quel bout allez-vous commencer, le cercle étant totalement fermé ? Une seule communauté est assise confortablement sur toutes les positions de pouvoir et de manière exclusive : au niveau des forces armées et de sécurité, au niveau de l’économie, au niveau de la culture, au niveau de la diplomatie et même au niveau religieux ; pendant que les autres composantes nationales sont confinées dans des organisations politiques, des syndicats et autres forums de la société civile dans des rôles revendicatifs pour amuser la galerie.

Mais comme disent les Wolofs, « Lu oppu tuuru ! »

Maintenant que la biométrie a achevé l’œuvre génocidaire de Maouya Ould sid’Ahmed Taya pour un enrôlement sélectif, et que les écoles militaires préparent la relève de l’élite militaire de la classe dominante, tout le monde se lève après aujourd’hui pour parler d’unité nationale parce que le Président de République l’a demandé.

Très bien ! Très bien ! Mieux vaut tard que jamais !!

Pour notre part, nous avons déjà tout dit. C’est aux autres de répondre nos questions :

1. êtes-vous prêts à remettre en cause ce système esclavagiste, raciste et féodal ?

2. êtes-vous prêts à partager le pouvoir politique ?

3. êtes-vous prêts à redistribuer les richesses nationales du pays au moment où l’Etat est entrain de déposséder nos paysans, de la seule chose qui leur restait, à savoir leurs terres de culture et même d’habitation ?

4. êtes-vous prêts à créer les conditions d’une véritable éclosion culturelle qui respecte le droit à la différence tel que défini par la constitution dans toutes les manifestations officielles, au niveau des média réservés à une seule communauté ?

5.

Là, le Président Ibrahima Moctar Sarr a été arrêté par le Président de l’Assemblée Nationale. Ce qu’il devait dire par la suite et qu’il n’a pas pu dire est ce qui suit :

Monsieur le Premier Ministre, j’ai noté que dans votre discours, pas une seule fois vous n’avez prononcé le mot « Langues nationales », vous avez même évité de parler du développement de la langue arabe, langue officielle, comme pour éviter d’évoquer les autres langues nationales le Pulaar, le Soninké et le wolof dont le développement est exigé par la constitution que le Président a juré de respecter scrupuleusement.

Alors, où comptez-vous tirer la moelle substantifique qui vous permettra de développer notre culture nationale menacée par les effets pervers de la mondialisation ?

Je vous remercie

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